Comme le coléoptère métallisé qui ne se fond pas dans la parure papoue, les objets collectés par Stéphane Laurent Marcel gardent toute leur force dans ses compositions. Sculptures fantastiques et pleines de sens, ses œuvres sont plus que les parties qui les composent. Les éléments chassés puis classés engendrent une tension sémantique irréductible tant le tout est rigoureusement construit et l'ensemble pourtant fragmenté. Si la beauté étrange qu'il crée fascine c'est parce qu'on ne peut dire si elle est ordre ou désordre.

Carol Levy, artiste, Modulo atelier

Les créations de Stéphane Laurent Marcel sont des OVNI. Sculptures ? Parures ? Fétiches ? Trophées ? Tout ça reste franchement nébuleux. Stéphane Laurent Marcel semble observer le monde de l’extérieur avec une longue-vue chromée parée de couilles et de plumes. Il observe, ramasse, conserve, agglutine, colle, emboite, soude sans direction jusqu’à obtenir un objet «chargé ». J’y retrouve l’inquiétante beauté et la spiritualité des arts premiers passées dans une moulinette cosmique discount.
Son oeuvre joue à cache-cache entre la dévotion et l’amour du cul, l’absurde et le sensé, la rigueur et le lâcher-prise. Son ‘Love Missile’ qui a rejoint ma collection d’art brut, y trouve à mon goût sa place tant Stéphane s’ignore, se défait d’une quelconque posture, ses assemblages surgissent alors comme un dessin spirite ou une écriture automatique. Stéphane descend souvent du haut de son Mandarom et pose sa longue-vue pour parcourir le monde de près, histoire de remplir son imaginaire et ses poches de crânes de singes et de bouts de plastique.

Matthieu Morin, collectionneur d’art brut.

Cueilleur - voyageur
Stéphane Laurent Marcel ne travaille pas, il voyage.
Son travail de cueillette n’a rien d’une ressourcerie, c’est un prétexte à laisser courir son regard. Les grands espaces, les changements de points de vue commencent  à ses pieds. Pour lui la nature est ce qui nous est donné comme environnements possibles. Celle-ci porte déjà la marque des précédents occupants. La nature, de loin ou de près, nous inscrit dans une échelle de temps et d’espace qui nous pousse à la modestie. Il y prélève et relève des traces.
Le recycleur nettoie (en général sa culpabilité), l’accumulateur à peur du manque (égocentrisme rigoureux), le flâneur-cueilleur lui se contente de faire avec ce qu’il trouve (ni la raison, ni l’efficacité ne le guide… reste la contemplation et l’imagination). L’imagination compose avec la diversité. L’hétéroclisme des éléments trouvés est la base du travail d’assemblage de Stéphane.
Mais avant qu’il y ait assemblage, il y a stockage, contemplation, et classement des éléments selon certaines caractéristiques mystérieuses (les sabots de chèvres peuvent côtoyer des grelots, mais les éléments peuvent également se regrouper par couleur, matière, texture ou lieux de provenance…). Les choses ainsi rassemblées n’ont pas encore de statut, il faut commencer par les manipuler du regard et des doigts. Puis il faut les confronter, physiquement, à d’autres éléments et recommencer à les contempler.
La table de travail, où s’étalent les divers éléments, deviens un lieu de flânerie pour le corps et la perception. Un second tri s’opère pour commencer à organiser les choses. Un projet, une direction commence à s’installer sans pour autant se donner de suite une finalité claire. L’assemblage pousse à d’autres assemblages, le résultat sera, selon une suite d’accidents ou de trouvailles, une parure, un fétiche, une figure, un décor … La présentation des pièces n’est pas forcement la fin de leur transformation.
Il n’est pas rare qu’il remette le travail à l’ouvrage entre deux présentations. Tant que la chose est à l’atelier elle est susceptible de poursuivre sa transformation, même radicalement. Pourtant ce qui est frappant dans sa production c’est l’unité formelle de chaque pièce, la sensation que chaque chose est à sa place, exactement. Tout en confrontant des choses hétéroclites dans un même ensemble, il crée des formes naturelles complexes.
Ses parures ont besoin d’un corps (ou d’un substitut de corps) pour exister. Ses pièces ont la beauté d’une ruine sur laquelle la nature reprend ses droits. Objets de cultes mystérieux, ses volumes sont par nature polythéistes. Il mélange cultes de la nature, divinités détournées et un sens profond de l’apparat. Objets d’un culte sans temple, les œuvres de Stéphane Laurent Marcel sont destinées à la contemplation réflexive. Elles allient le regard mais également le touché pour jouir des contrastes qu’il nous propose.
Ce qu’il nous donne à lire n’est pas dans l’historique de la fabrication des pièces mais dans la manière dont ces objets vont trouver (ou non) place dans un avenir. Ce sont des bornes, des jalons pour de nouveaux points de vue : pour l’invention de nouveaux corps, de nouveaux paysages. Une certaine façon de voir la vie.

David Ritzinger,
association La Belle Epoque (arts contemporains)